Anticiper les difficultés pour mieux les affronter

22 septembre 2017

Anticiper les difficultés pour mieux les affronter

Anticiper les difficultés - Dynamic 143 - octobre-novembre-décembre 2017

Gérer une entreprise n’est pas un long fleuve tranquille. Des difficultés peuvent surgir à tout moment et mettre en péril la société. Pour redresser la barre, de nombreuses solutions existent. A condition de réagir au plus vite !

« Encore trop peu de chefs d’entreprise osent venir chercher de l’aide quand ils font face à des difficultés. Malheureusement il arrive qu’ils réagissent trop tard », lance Nadine Arné, conseillère à la CCI Pau Béarn, en charge de la cellule de prévention des difficultés. Si ce service gratuit associé à un numéro vert* a été lancé par la CCI en 2015, c’est bien pour décomplexer les dirigeants. « Ils ont souvent honte de parler de leurs problèmes et pensent que les choses vont finir par s’arranger », confirme Patricia Nigita, également conseillère à la CCI Pau Béarn. Souvent considérées comme un échec, les difficultés financières sont particulièrement taboues. Nombre de chefs d’entreprise n’enparlent pas et se referment sur eux-mêmes au lieu de se faire aider. Or, plus une difficulté est traitée rapidement, plus les chances de la dépasser sont fortes ! Le temps de réaction est un facteur essentiel pour la survie d’une entreprise. En 2016, la Banque de France a recensé 61 092 faillites dont une écrasante majorité de très petites, petites et moyennes entreprises. Pour certaines une détection précoce des problèmes aurait permis d’éviter une telle issue.

Avoir l’œil sur tout
Pour ne pas se laisser dépasser, l’entreprise doit se montrer particulièrement vigilante aux changements ou événements pouvant impacter son activité. « L’idéal est de pouvoir anticiper les difficultés, précise Jérôme Amigues, délégué de l’ordre des experts-comptables en Béarn. Par exemple un commerçant qui sait que des travaux vont avoir lieu dans sa rue à l’automne et donc qu’il va avoir plusieurs mois difficiles, a tout intérêt à prévenir sa banque. Il aura ainsi plus de chances que celle-ci soit conciliante et il donnera l’image d’une personne sachant gérer ». Mais de nombreux aléas ne peuvent être anticipés. « Une baisse de clientèle, des difficultés à payer ses fournisseurs ou encore l’utilisation du découvert autorisé doivent être considérés comme des signaux d’alerte », prévient Nadine Arné. Le chef d’entreprise qui se retrouve face à de tels cas de figure doit agir au plus vite pour ne pas laisser la situation se dégrader. Premier réflexe à prendre : tenir au courant son banquier et son comptable. « L’expert-comptable est souvent informé a posteriori car le dirigeant se dit que les difficultés sont passagères ; pourtant il doit faire partie des premières personnes informées », conseille Jérôme Amigues. Ces professionnels peuvent apporter des premiers conseils ou proposer des solutions aux entreprises. En cas de doute sur la bonne santé de sa société, on peut également se diriger vers l’auto-diagnostic anonyme en ligne disponible sur le site de la CCI. En quelques clics, le chef d’entreprise pourra évaluer la situation et savoir s’il le faut tirer la sonnette d’alarme.

Inverser la tendance
Avec l’aide de son expert-comptable, de la CCI ou encore de la Chambre des Métiers, l’entreprise doit commencer par s’interroger sur les causes de ses difficultés du moment. « Certains problèmes sont difficiles à résoudre, comme par exemple l’achat d’un fonds de commerce trop cher ou un manque de trésorerie au départ de l’activité, explique Patricia Nigita. Dans d’autres cas, il faut surtout changer de stratégie ou de fonctionnement ».
De simples ajustements permettent de relancer une activité commerciale en berne (modifier sa vitrine par exemple) ou de refaire sa trésorerie (organiser un destockage). Parfois, l’entreprise doit réévaluer ses marges ou revoir totalement son fonctionnement et sa gestion. « Nous avons suivi une entreprise qui s’est retrouvée en difficulté suite à l’embauche d’un salarié qui leur coûtait trop cher et la mettait en péril. Le licenciement ayant un coût important, nous sommes intervenus auprès de l’URSSAF et du RSI pour bloquer la dette de l’entreprise le temps qu’elle retrouve des bases saines », poursuit Patricia Nigita. Si les difficultés sont liées à des factures impayées, plusieurs solutions s’offrent à l’entreprise. Le plus simple et rapide est de saisir la Chambre d’Arbitrage et de Règlement négocié des Litiges économiques du Béarn (CARBILEB) à la CCI Pau Béarn. Elle permet de traiter les litiges sans rompre les relations commerciales et ce, en moins de trois mois et à coûts maîtrisés.

Régler ses dettes
Quand une entreprise se trouve en difficultés financières, elle accumule les retards de paiement des cotisations. Les sociétés ont donc tout intérêt à prendre contact avec les différents organismes avant la mise en place de poursuites à leur encontre. L’URSSAF etle RSI peuvent échelonner la dette, voire la réduire. « Contrairement à ce que l’on imagine, le RSI est à l’écoute des entreprises, assure Brigitte Lannette, conseillère RSI itinérante. Nous étudions d’où viennent les difficultés ; si elles font suite à un sinistre ou à une maladie nous faisons appel à l’action sociale : nous pouvons ainsi réviser les cotisations à la baisse, mettre en place un délai de paiement ou même monter un dossier de recours à l’amiable pour prendre en charge la dette de l’entreprise ». Si les difficultés sont dues à une mauvaise gestion, le RSI propose de se mettre en contact avec le comptable de la société, afin d’échelonner le paiement en fonction de la trésorerie disponible.
La cellule de prévention de la CCI peut également servir d’intermédiaire entre l’entreprise en difficulté et les différents organismes. « Nous renvoyons les personnes vers des interlocuteurs privilégiés – que ce soit au Trésor Public ou à la Banque de France – vers qui nous avons dirigé plusieurs entreprises qui généraient du chiffre d’affaires mais faisaient face à de gros problèmes de trésorerie. Grâce à l’intervention de la Banque de France des prêts ont pu être accordés », précise Patricia Nigita.

Définition

Les difficultés qui mettent à mal la bonne santé des entreprises sont d’ordre économique, financier ou social. Elles peuvent être liées à une baisse de clientèle, à la perte d’un client important, à une erreur de gestion, à un défaut de paiement d’un client ou encore aux problèmes personnels du chef d’entreprise. Ces difficultés se traduisent par une trésorerie en berne, un chiffre d’affaires en baisse ou des marges qui se réduisent. Autant de signaux qu’il ne faut pas prendre à la légère !

7 conseils à retenir

1/ Ne pas avoir honte de ses difficultés et avertir rapidement ses partenaires, en particulier son comptable et son banquier.

2/ Anticiper les éventuels changements pouvant impacter son activité.

3/ Avoir une vision mois par mois de sa comptabilité pour détecter les premiers signaux d’alerte.

4/ En cas de doute, réaliser un auto-diagnostic anonyme en ligne sur le site de la CCI Pau Béarn (www.pau.cci.fr).

5/ Accepter de se remettre en question en changeant de stratégie ou de mode de gestion.

6/ Dialoguer avec le RSI et l’URSSAF afin d’éviter les poursuites et d’échelonner la dette.

7/ En cas d’impayés, saisir la CARBILEB.

Ils pratiquent le sujet

Une entreprise du spectacle en Béarn

« La société a été créée en 2007 et tout allait bien jusqu’en 2014 où nous nous sommes retrouvés dans une situation dramatique avec 40 000 euros d’impayés de la part de clients. La banque nous a lâchés, nous avons dû nous séparer des deux salariés et mon mari a arrêté de se payer. Durant cette période, même pour faire 20 euros de course, il fallait négocier auprès de la banque. On nous a proposé une liquidation judiciaire mais nous avons refusé car cette entreprise, c’est notre passion. Surtout, c’est une société qui marchait bien avec 350 000 euros de chiffre d’affaires. Pour nous, il ne s’agissait que d’un coup dur mais on a eu l’impression d’être catalogués dès les premières difficultés. Heureusement, la CCI Pau Béarn nous a conseillé de contacter la Banque de France et, après négociation avec notre banque, une médiatrice a obtenu gain de cause. Un prêt a été accepté et nos frais bancaires remboursés. Depuis, nous sommes plus vigilants envers nos clients. On privilégie les bénéfices plutôt que le chiffre d’affaires. Tout fonctionne à nouveau mais l’on ne pourra dire si l’entreprise sera réellement sauvée qu’en 2018. »

Cécile et Pascal Baradat, gérants du restaurant Le Relais du Vigneron à Diusse

« L’aventure a démarré il y a 6 ans, après avoir trouvé ce restaurant à l’abandon, alors que ni l’un ni l’autre n’avions d’expérience dans ce domaine. Et dès le début, cela a été compliqué, que ce soit au niveau des charges salariales mais aussi des compétences des employés. Au bout d’un an et demi, Pascal a dû prendre la place en cuisine et encore aujourd’hui, nous avons du mal à trouver quelqu’un pour m’aider en salle. L’expertise comptable a estimé que nous pouvions dégager un salaire et demi, or il faut 4 personnes pour assurer correctement un service. Du coup, je ne me paye pas mais ce qui est rageant, c’est que le restaurant marche. Nous faisons 125 000 euros de chiffre d’affaires par an et 28 clients par jours. Le problème vient de nos marges catastrophiques par rapport à ce que nous proposons : des produits frais et maison. Mais nous ne pouvons pas trop augmenter les prix dans un petit village avec deux concurrents assez proches. Du coup, nous réfléchissons à des nouveaux menus ainsi qu’à ouvrir certains soirs avec des animations. Nous ne lâcherons pas ! »

Entretien avec un expert

Jérôme Amigues, expert-comptable, délégué de l’ordre des experts-comptables d’Aquitaine pour le Béarn

« Pour réagir à temps les entreprises doivent d’ores et déjà mettre en place des outils administratifs qui permettent d’avoir une vision mois par mois de la situation économique de sa société. De nombreux chefs d’entreprise sont comme des pilotes qui se seraient passés de leur tableau de bord. Ils n’ont pas de vision exacte de la situation. La communication des pièces comptables doit aussi être plus fluide car elles nous parviennent souvent assez tard. Nous conseillons ainsi de dématérialiser les factures afin de pouvoir les envoyer par voie électronique. A terme, entreprises et comptables fonctionnerons avec des coffres forts numériques et des outils permettant d’avoir une comptabilité en temps réel. »

60 000 Rebonds, une vie après la faillite

Malgré les aides existantes, la faillite est parfois inéluctable. C’est à ce moment qu’intervient l’association 60 000 rebonds, afin d’accompagner les entrepreneurs vers un nouveau projet professionnel. Créée en 2012, la structure est née du constat de son fondateur, Philippe Rambaud, que l’échec est considéré en France comme un signe d’incompétence alors qu’aux États-Unis, il est synonyme d’expérience. « Notre but est de faire évoluer la réflexion. Dans tous les domaines de la vie nous connaissons tous des échecs, il faut apprendre à s’en servir », assure Philippe Bertrand, président de l’antenne Pau-Pyrénées.
Présente dans plus de 20 villes, l’association a pour vocation d’aider les 60 000 entrepreneurs qui subissent chaque année une liquidation judiciaire. « Les chefs d’entreprise s’adressant à nous sont dans des situations difficiles avec des conséquences sur leur vie privée.
La première étape consiste à leur redonner confiance », explique Philippe Bertrand. Pour cela, un accompagnement individuel est mis en place avec un coach professionnel et un parrain. « Puis nous organisons des réunions collectives tous les mois. Chaque entrepreneur peut y échanger en petit groupe. Ce sont des moments privilégiés afin de casser la solitude qu’ils ressentent ». Actuellement, une vingtaine de chefs d’entreprise est accompagnée à Pau. Et Philippe Bertrand l’assure, la méthode marche : « Rapidement, tous retrouvent le sourire. Et au bout de quelques mois, ils ont au moins un travail voire un nouveau projet d’entreprise ».

Dynamic n°143 octobre-novembre-décembre 2017