Le Béarn et les Anglais : deux cents ans de passion

18 janvier 2018

Le Béarn et les Anglais : deux cents ans de passion

De l’hippodrome au Paul Golf Club, le Béarn est marqué par la forte présence des sujets de Sa Majesté au XIXe siècle. Qu’en est-il aujourd’hui ? Pau est-elle toujours attractive pour les Britanniques ? A l’heure du Brexit, Dynamic fait le point.

Pendant les guerres napoléoniennes, après la bataille d’Orthez, des officiers de l’armée du duc de Wellington tombent sous le charme du pays des Gaves et de l’Adour. Ils vont former la première colonie britannique de Pau ! Dans la première partie du XIXe siècle, la douceur paloise attire des étrangers fortunés, dont de nombreux Britanniques comme en témoignent les tombes dans le carré protestant du cimetière. En 1826, cette élite crée le Cercle anglais qui existe encore aujourd’hui ! Un médecin écossais reconnu, Alexander Taylor, conseille même à ses patients de s’offrir une cure hivernale à Pau pour profiter de son climat. Les riches résidents britanniques font construire de splendides villas dans le quartier Trespoey, comme la Villa Navarre. Pau se met à l’heure anglaise : en 1840 naît le Pau Hunt Drag, un équipage de chasse à courre, en 1842 les premières courses hippiques sont organisées puis ouvre le Pau Golf Club en 1856 avant que les frères Wright ne créent la première école de pilotage ! La présence anglaise donne alors un coup d’accélérateur au développement et à l’économie du Béarn. Si la première Guerre Mondiale a freiné cet élan, les relations entre le territoire et les Anglais sont toujours d’actualité. Arrivé pour le meeting d’hiver en 1978, Tim Robinson, n’est jamais reparti de Pau où il a été responsable de l’hippodrome. « En 40 ans, il y a eu un regain d’intérêt des Anglais pour le Béarn. Il y a des liens économiques importants dans le secteur de l’aéronautique et pour la filière équine. De plus en plus d’entrepreneurs anglais choisissent de s’installer ici, comme la brasserie Shakespeare », explique-t-il. Le journaliste sportif Tobias Mews fait partie de ces Anglais récemment séduits par le Béarn. Il y a un an, il s’est installé avec son épouse à Lasseube pour lancer une activité de chambre d’hôtes, glamping (camping de luxe) et sorties vélo. « J’ai été emballé par le cadre de vie, lance Tobias Mews. La montagne béarnaise est encore peu exploitée d’un point de vue touristique, il y a pourtant beaucoup d’opportunités ».

Le principal point noir de l’attractivité de Pau pour les Anglais reste l’inexistence d’une liaison directe Pau-Londres. Autre sujet d’inquiétude pour l’avenir de ces relations bicentenaire, le Brexit et ses répercussions. La sortie du Royaume-Uni de l’Union Européenne préoccupe particulièrement les résidents britanniques. « Il y a encore des inconnues, notamment pour les retraités qui craignent de perdre leur carte vitale européenne ou que leur pension baisse à cause d’un taux de change défavorable, glisse Tim Robinson. Tout le monde est dans l’attente, même si pour le moment cela n’a pas ralenti l’activité économique des Anglais en Béarn ».

 

Apprendre l’anglais… en immersion à Pau !

 Qui dit relations économiques entre le Béarn et les Anglais dit aussi pratique de la langue de Shakespeare ! Une compétence qui manque souvent aux entrepreneurs et salariés. Pour leur permettre de progresser rapidement, le département de formation continue de l’ESC Pau a créé en partenariat avec l’institut Langues et Conseils la formation intensive Learn & Escape in the Pyrenees. Au programme : 5 jours d’immersion totale en anglais. « Cette formation s’adresse aux personnes qui ont un niveau intermédiaire, elle s’adapte au besoin et au métier de chacun », explique Catherine Fearnhead, responsable de la formation. En pension complète, les participants vivent une semaine à l’heure anglaise. « Le matin, nous avions des cours orientés vers le vocabulaire d’entreprise et nos besoins professionnels. L’après-midi était consacrée à des ateliers thématiques, comme la dégustation de vin », raconte Arnaud Daguerre, salarié de la société oXya et participant de la dernière cession. L’originalité de ce programme, c’est qu’il n’y a pas une minute en français : « des anglophones de différentes nationalités se joignaient à nous lors des petits déjeuners, déjeuners et dîners », poursuit Arnaud Daguerre. Résultat des courses : « au bout de deux jours je rêvais en anglais ! Ma compréhension a beaucoup progressé, cela me sert pour mon travail et me motive pour continuer à progresser. » www.esc-pau.fr

 

So british et compagnie

A Pau, anglophones, anglophiles et Anglais n’ont que l’embarras du choix pour se retrouver, converser et créer du lien. Il existe dans la ville trois clubs dont le plus ancien est le Club anglais. Au départ, club de lecture pour les Britanniques du XIXe siècle, il continue de rassembler ses membres pour des réunions et des dîners mais ne compte plus que deux anglais dans ses rangs ! L’Anglophone Pau Pyrénées, lui, a pour objectif de créer du lien entre la communauté anglophone, alors que le Pau, so british souhaite resserrer les liens entre le Sud-Ouest et la Grande-Bretagne.

Dynamic n°144 janvier-février-mars 2018

181€ c’est le tarif le plus bas pour un aller-retour Pau-Londres en avion avec une escale, il peut grimper jusqu’à 565€

 

 

1814 c’est la date des premiers Britanniques qui s’installent à Pau

 

 

¼ des Britanniques installés en France vivent en Nouvelle-Aquitaine

 

 

37% des résidents britanniques actifs de Nouvelle-Aquitaine sont entrepreneurs

 

 

17% des touristes étrangers en Béarn sont britanniques. Ils arrivent en seconde position derrière les Espagnols

 

 12 200 emplois

C’est le nombre de salariés de Nouvelle-Aquitaine employés par des entreprises dont la direction se trouve au Royaume-Uni. Ils représentent un cinquième des emplois de la région exercés dans des sociétés étrangères.

Château de Pau