Big Data : de nouvelles opportunités pour les PME

15 avril 2016

Big Data : de nouvelles opportunités pour les PME

Big Data pour tous

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On entend ce mot partout : le Big Data désigne à la fois les gros volumes de données dont peuvent disposer les entreprises. Il s’agit d’informations concernant leurs clients et l’ensemble des moyens technologiques qui permettent de les collecter, les trier et les analyser.  Objectif : extraire des informations stratégiques pour leur développement. Une affaire de « big » entreprises ? Non ! Les PME ont aussi accès à des solutions adaptées leur permettant d’exploiter cette richesse souvent insoupçonnée.

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Le Big Data peut permettre aux PME d’améliorer leur compétitivité, de fidéliser leurs clients ou encore de proposer de nouveaux services. Explications.

Exploiter ses données*c’est bien mais de quoi parle-t-on ? Il s’agit des données internes à l’entreprise. Par exemple, des informations concernant ses clients (nom, coordonnées, historique d’achat…) ou sa logistique (stock, fournisseurs…). Contrairement aux multinationales qui ont à gérer des millions de données, les PME génèrent parfois peu de données internes et peuvent donc penser qu’elles n’ont besoin de rien d’autre qu’un tableur Excel pour les optimiser et les exploiter, que les technologies liées au Big Data ne sont pas faites pour elles. C’est oublier qu’aujourd’hui les entreprises ont accès à de nombreuses autres sources de données via le web notamment : les réseaux sociaux, les blogs ou les forums permettent, entre autre, de récupérer quantité de données sur les retours d’expérience clients. Il y a aussi ce qu’on appelle l’ «open data », ces données mises à disposition gratuitement par des collectivités et des services publics. En 2010, Bordeaux Métropole a ainsi ouvert à tous ses données publiques relatives aux transports, à l’habitat, à l’environnement… Certaines entreprises commencent même à exploiter un nouveau type de données, celles issues des objets connectés qu’elles fabriquent ou dont elles assurent la gestion (flotte de véhicules…). Toute entreprise a donc potentiellement une mine d’or entre ses mains. « En croisant ses données internes avec celles qui ne sont pas propres à son business, l’entreprise va enrichir la connaissance qu’elle a de ses clients et de son marché », explique Yannick Le Nir, enseignant-chercheur à l’Ecole Internationale des Sciences du Traitement de l’Information à Pau.
Définir une stratégie Big Data Le défi du Big Data réside dans la capacité de l’entreprise à définir quels types de données vont lui permettre de dégager de la valeur ajoutée. Inutile en effet de se plonger à corps perdu dans cet océan de data quand seule une partie des informations peut véritablement être utile à l’entreprise. Et là, pas de secret : « Il faut accepter d’être accom pagné, aujourd’hui des PME monétisent leur savoir-faire en matière de Big Data : elles se mettent au service d’autres PME pour les ac compagner dans la découverte et l’utilisation de ces technologies » affirme Yves Eychenne, co-auteur de La révolution Big Data. Avec l’aide de consultants, le chef d’entreprise fait le point sur ses besoins, identifie les types de données qui peuvent lui être utiles et les outils à mettre en place pour leur collecte et analyse. « Pour une PME qui souhaite améliorer un suivi client, il est conseillé des outils analysant en temps réel  les comportements d’achat des clients, leurs niveaux de commande, les pério dicités… , décelant ainsi d’éventuelles anoma lies du type baisse de commandes », indique Vincent Moreno, dirigeant de la société Hupi, spécialisée dans le domaine de la valorisation de données. Dans ce cas de figure, l’entreprise est en mesure d’ajuster sa relation client, de personnaliser son offre. Une PME peut aussi faire de l’analyse prédictive afin de déteminer et anticiper les besoins du marché avant la concurrence, et ensuite adapter plus rapidement et efficacement son offre. Elle peut par ailleurs avoir besoin d’anticiper les dysfonctionnements de sa chaîne de production : l’installation de capteurs sur ses machines et la collecte de leurs données pourront permettre d’identifier une panne. Ce ne sont là que quelques exemples parmi beaucoup d’autres de ce qu’apporte le Big Data à une PME. Autre exemple : les nouvelles opportunités de business. « En transformant ses produits en objets connectés*, une entreprise va collecter des informations sur l’usage qu’en font ses clients. Ces données pourront ensuite être revendues à d’autres entreprises, des collectivités… Le produit devient un pré texte pour vendre un service, le business mo del de l’entreprise s’en trouve complètement modifié  », explique Vincent Moreno. Se pose alors la question des risques liés à l’utilisation de ces données. Le big data ne doit pas en effet transformer l’entreprise en véritable « big brother ». Pour éviter cet écueil, la loi Informatique et libertés a défini un certain nombre d’interdits et de conditions à l’utilisation des données personnelles que l’on retrouve sur le site web de la CNIL.
Miser sur l’externalisation Reste un dernier frein à lever : celui du coût de la mise en place de ces technologies. Analyser toutes les données en interne s’avère compliqué et coûteux, cela nécessitant des infrastructures importantes, auxquelles s’ajoute l’embauche d’un data scientist. Celui-ci doit être capable de trier, de segmenter et d’analyser les données brutes. Mais il existe des solutions plus abordables. La tendance est notamment à l’utilisation et l’exploitation du Big Data à la demande, en mode SaaS*, par le bais d’un tiers ayant la capacité et la puissance nécessaire pour traiter de gros volumes de données, sans investissement matériel ou logiciel supplémentaire. Pour ce genre de solution « clé en main », l’investissement de départ se situe entre 1 200 et 1 400 € par an. A terme, le budget alloué peut atteindre les 8 000 voire 15 000 €. Mais lorsque le Big Data est utilisé à des fins marketing ou de relation client, cet investissement peut rapidement se transformer en chiffre d’affaires.

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Ils pratiquent le sujet

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Lionel Jeanson,
directeur de INT France

« Nos clients viennent nous voir avec leurs données et nous leurs proposons des logiciels pour les traiter afin qu’ils puissent les visualiser de manière simple et efficace. De nombreuses entreprises ont rassemblé leurs données dans un tableau Excel resté au fin fond des Intranets et ne savent plus quoi en faire. Aujourd’hui, grâce à la technologie, nous pouvons traiter un grand nombre de données très hétérogènes et les restituer clairement. INT travaille principalement avec des entreprises pétrolières mais nous envisageons de décliner notre savoir-faire dans d’autres domaines où les données sont stockées mais rarement exploitées (agriculture…) ».

Mehdi-Jabrane

Mehdi Jabrane,
directeur des  opérations  de Mapotempo

« Nous éditons un logiciel web qui permet de planifier et d’optimiser les tournées de livraison. Pour le mettre au point nous avons travaillé à partir de plusieurs bases de données : Openstreetmap, une base de données cartographique en open source mise à jour par les utilisateurs, des adresses IGN, des données dynamiques – géolocalisation des véhicules -, des données mobiles – trafic routier – …  Un Data Scientist nous aide à traiter ces informations pour savoir en tirer parti. Notre logiciel permet ainsi d’identifier l’ordre des points de livraison afin de calculer l’itinéraire le plus rapide, offrant un gain de temps considérable ! ».

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Samuel Roy,
fondateur de  la start-up  Pricemetry

« Pricemetry suit l’évolution des prix des produits préférés d’un client sur site e-commerce pour  faire des économies. Nous avons créé nos logiciels en nous basant sur les données comportementales des utilisateurs : le montant du panier, le moment où l’utilisateur abandonne… Cela nous permet de proposer le meilleur prix au bon moment. Le Big Data est une véritable révolution pour les sites de e-commerce, leur permettant d’être plus compétitifs. Les choses évoluent : aujourd’hui, notre logiciel réagit en temps réel. Nous évoluons aussi vers l’analyse prédictive ; une nouvelle façon d’anticiper le comportement des internautes».

Entretien avec un expert

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Eric Clairambaut,
architecte Big Data chez Altamira Consulting

« Dès qu’elle se lance dans une stratégie Big Data, la TPE doit commencer par se poser la bonne question : quelles données peuvent être intéressantes à traiter et porter rapidement leurs fruits. En interne, même les TPE disposent déjà de nombreuses données : les fichiers clients, le stock… Mais l’entreprise peut aussi utiliser des données extérieures (études statistiques, données en libre accès ou payantes…). Pour la TPE un gros investissement n’est pas toujours nécessaire ! Elle peut trouver de plus en plus de solutions sur le Cloud pour traiter ses données et avoir une première approche fonctionnelle du Big Data ».

Définitions

*Données informatiques :  résultats d’observations ou d’expériences, ce sont des descriptions élémentaires de la réalité qui peuvent être utilisées par un logiciel.

*Open source :  programme informatique distribuée sous licence, permettant à quiconque de lire, modifier ou redistribuer ce logiciel.

*Objet connecté :  objet dont la vocation première n’est pas d’être un périphérique informatique ni une interface d’accès au web mais auquel l’ajout d’une connexion Internet permet d’apporter une valeur supplémentaire.

*SaaS (Software as a Service)  :  logiciel mis à disposition à distance par un fournisseur et accessible par le biais d’un navigateur Internet dans le cadre d’un abonnement.

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Un chéquier pour financer son entrée dans le big data

Il est temps de franchir le pas ! Pour mettre en place une véritable transformation 2.0, les entreprises peuvent compter jusqu’en 2020 sur le Chèque transformation numérique. Mis en place par l’Union Européenne et la Région Aquitaine Limousin Poitou-Charentes, il  permet de financer les projets des sociétés qui souhaitent améliorer leurs performances grâce aux usages numériques. Développer un site e-commerce, acheter de nouveaux logiciels, former son équipe ou encore mettre en place une stratégie d’utilisation de ses données entrent dans le champ de ce chéquier. Depuis le début d’année 2015, l’appel à projet est ouvert en continu et concerne tout type de TPE, PME-PMI du territoire. « Notre cible, ce sont les entreprises industrielles ou du sec teur traditionnel qui fonctionnent encore avec
un tableau Excel et qui pourraient aller plus loin et être bien plus compétitives », précise Yann Pennec, référent Axe Numérique-Feder à la Région Aquitaine. 50% des dépenses, dans un plafond de 150 000 €, peuvent ainsi être financés. Le chéquier, qui a déjà bénéficié à une douzaine d’entreprises, a notamment permis de financer de véritables stratégies de gestion des données. « Nous avons accompagné l’en treprise Manège en Gironde qui commercia lise des accessoires liés aux fêtes éphémères : ils ont croisé plusieurs types de données in ternes et externes afin de créer un tableau de bord. Manège s’en sert de façon prédictive pour prévoir par exemple l’approvisionnement de l’année N+1 », poursuit Yann Pennec. Plus d’informations sur les aides : http://les-aides. aquitaine.fr

Dynamic n°137 avril-mai-juin 2016