Economie circulaire : quand écologie et chasse au gaspi riment avec performance

30 juin 2017

Economie circulaire : quand écologie et chasse au gaspi riment avec performance

Dynamic 142 : Economie circulaire

Levier pour augmenter la performance des entreprises, à la fois du point de vue économique, social et environnemental, l’économie circulaire doit avant tout user de bon sens pour parvenir à optimiser les ressources.

« Le client est d’accord pour payer uniquement la valeur ajoutée. Toute autre activité doit être considérée comme un gaspillage », affirme Marie Kleiner, experte en chasse aux gaspillages. Partant du constat que toute activité ou flux superflu représente un manque à gagner pour l’entreprise, la consultante propose depuis trois ans son expertise pour identifier ces non valeurs ajoutées. « Il y a toujours des pertes de performance dans l’organisation, que ce soit en termes de flux, de déplacements ou de logistique», explique-t-elle. Marie Kleiner répond à ces lacunes par des solutions adaptées aux besoins des entreprises, à la fois réalistes et mesurables. « Je m’appuie sur des techniques issues de l’industrie. C’est comme si j’enlevais le caillou qui gêne dans la chaussure ou que je trouvais d’où vient la fuite. Sur les grands chantiers, on sait qu’un ouvrier perd 40 à 60% de son temps à attendre un ordre, du matériel ou à effectuer des déplacements inutiles. Pendant ce temps, sa valeur ajoutée n’est pas utilisée ». La consultante travaille ainsi sur la réorganisation dans les chantiers, les ateliers ou les bureaux.  « Chaque chose doit être à sa place sur un poste de travail et l’on doit avoir uniquement le nécessaire, au moment et à l’endroit où l’on en a besoin ».

Impact financier et environnemental  

BTP, commerce, agriculture, tous les domaines d’activités sont concernés par la chasse au gaspillage. « Il peut s’agir d’un problème d’organisation pure, lorsqu’il y a un défaut de communication par exemple. Il y aura toujours un impact financier indirect ». Huit catégories de gaspillages sont référencées : surproduction, attentes, stocks, mouvements inutiles, transports, processus excessif, non-qualité et potentiel humain.

L’économie circulaire, elle, se concentre sur les gaspillages qui ont un impact sur l’environnement, à commencer par la gestion des stocks. « Dans les entreprises de services, comme les magasins de bricolage, les marchandises rapportées traînent souvent dans un dépôt au lieu d’être reconditionnées et remises à la vente. Les collaborateurs ne pensent pas à leur potentiel économique. Ces objets deviennent obsolètes et génèrent une perte de profit », affirme Marie Kleiner, qui préconise, par ailleurs, dès que possible, le recyclage. Il existe toujours une valorisation possible quand un produit, dépourvu d’emballage par exemple, devient impropre à la vente. « On jette lorsqu’on pourrait réparer. De même, pourquoi ne pas louer ou mutualiser l’achat avec une entreprise voisine plutôt que d’acheter ? La chasse au gaspillage repose souvent sur le bon sens ».

Mutualiser et échanger

L’Association Pôle Environnement Sud Aquitain (APESA) coordonne depuis 2016 le Programme National de Synergie Inter-entreprises en région Nouvelle-Aquitaine, avec l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (ADEME) et plusieurs Chambres de Commerce et d’Industrie*. Objectif : augmenter la compétitivité des entreprises en optimisant leurs ressources. 36 entreprises du Béarn se sont réunies il y a un an pour indiquer les ressources qu’elles pouvaient mettre à disposition et celles dont elles avaient besoin. Résultat, 603 synergies potentielles ont été identifiées.

« Nous nous attachons à trois axes : les achats responsables, la meilleure gestion des déchets et l’éco-conception. Mais l’angle d’attaque est toujours pragmatique. Nous parlons de rencontres d’affaires », explique Magali Silva, chef de projet pour l’APESA, spécialisée dans l’économie circulaire. Une entreprise qui stocke des palettes en bois sans savoir quoi en faire pourra les mettre à la disposition d’une autre. De même, une société qui possède une machine à extruder le plastique pourra la prêter à son voisin.

Le projet a permis au Relais 64, qui fait de l’insertion, de réemployer les chaussures de sécurité de l’usine Safran Helicopter Engines de Bordes. Cette dernière en commande chaque année 1 000 à 1 500 paires. Une fois considérées comme usagées, celles-ci partaient à la poubelle. Le Relais 64 leur donne désormais une seconde vie. Elle les collecte, en utilise une partie pour l’accueil des stagiaires et des visiteurs, et reconditionne le reste pour l’exporter et le vendre dans un réseau de friperies solidaires.

Système gagnant-gagnant

« Safran n’a plus à traiter ces déchets et cela crée du travail pour la structure qui les récupère. C’est un système gagnant-gagnant », ajoute Magali Silva. Côté environnemental, cela évite l’émission de 11 tonnes de CO2 par an. Côté financier, Safran économise 300 euros par an et le Relais gagne 700 euros issus de la revente des chaussures. Sans compter la plus-value sociétale, car une tonne de chaussures collectée équivaut à une journée de travail pour trois personnes.

Un syndicat de traitement des déchets de Gironde a aussi rencontré une entreprise de BTP qui concasse et valorise ses 1 500 tonnes de gravats. Résultat, la structure économise 10 500 euros de frais d’enfouissement, tandis que l’entreprise de BTP gagne 15 000 euros de matériau. « Au lieu d’aller chercher des matériaux vierges, on utilise le déchet en tant que nouvelle matière. Cela crée de l’emploi et des richesses », explique Magali Silva. La chef de projet rappelle aussi la nécessité d’acheter responsable, en réfléchissant aux coûts cachés derrière un achat.

Connaître ses voisins constitue donc un moyen simple d’augmenter sa performance. « Travailler avec les autres ne semble pas toujours naturel. Mieux vaut commencer à le faire sur des sujets secondaires, comme la mutualisation d’un gardiennage. Cela engendrera un gain financier sans prise de risque et permettra de prendre conscience, en douceur, de la richesse de ce type d’échanges », souligne Magali Silva.

*Le Programme National de Synergie Inter-entreprises est basé sur une méthodologie développée par International Synergies (ISL) et testée pendant près de dix ans en Angleterre. L’Institut de l’Economie Circulaire, soutenu par l’ADEME, a lancé une expérimentation nationale pour déployer cette méthodologie en France, en s’appuyant sur 4 régions pilotes, dont la Nouvelle-Aquitaine.

http://www.institut-economie-circulaire.fr/

Economie circulaire définition Dynamic n°142

Définition

A l’inverse de l’économie linéaire, qui consiste à extraire, fabriquer, consommer et jeter, l’économie circulaire cherche à réutiliser ce qui est destiné à la benne. Elle crée une boucle, afin que la matière utilisée redevienne une matière première et alimente une autre filière. L’entreprise produit des biens et des services, tout en limitant la consommation et des matières premières et des énergies non renouvelables. L’économie circulaire s’inspire de la notion d’écologie industrielle.

Quelques astuces pour éviter le gaspillage

1/ Eviter les espaces libres qui seront autant d’incitations à ne pas ranger.

2/ Si un objet n’a pas servi depuis un an, le recycler ou s’en débarrasser.

3/ L’espace est cher alors autant le libérer. Un espace de stockage gagnera à être réservé à quelque chose d’utile.

4/ Valoriser ses déchets quels qu’ils soient ; il y aura toujours une association intéressée.

5/ Penser au coût global et mener une politique d’achat responsable. Derrière l’achat d’un objet, il y a un coût de fonctionnement, de maintenance et de fin de vie.

6/ Au-delà de l’impact financier, évaluer la dépense en CO2 et l’impact social.

7/ Travailler en réseau. Des solutions existent souvent à l’échelle locale.

Ils pratiquent le sujet

« Si le territoire dans lequel nous sommes va bien, notre entreprise ne peut qu’aller bien. C’est dans cette logique de cercle vertueux que nous avons conçu le projet immobilier de la Verdurerie à Lons. L’idée était d’opter pour des produits locaux afin de relancer des filières comme celle du bois, provenant notamment d’Oloron. Nous avons également utilisé des pierres issues d’une petite carrière de la Rhune, dont nous avons contribué à relancer l’activité, et de la laine de mouton pour l’isolation. Elle est produite par un entrepreneur du territoire que nous avons accompagné dans l’obtention des certifications. C’est un projet pilote, mêlant mixité sociale et performance énergétique, au service du territoire. » 

Laurent DELAUNEY Economie circulaire Dynamic n°142

Laurent Delauney, responsable marché immobilier au Crédit Agricole Pyrénées Gascogne

 

 « Le Relais est un réseau d’entreprises qui agit depuis plus de 30 ans pour créer des emplois destinés aux personnes en situation d’exclusion. Pour cela, nous avons développé toute une filière de valorisation du textile. Les dons sont collectés via des bennes et sont ensuite triés : 60% partent dans nos friperies ou à l’exportation et la quasi-totalité de ce qui est trop abîmé est recyclé. Soit en isolants par le biais de l’usine de l’effilochage, soit en chiffons d’essuyage à destination des industriels du territoire avec lesquels nous travaillons comme Sobegi ou Cegelec. 90 personnes vivent de cette activité dans le département et le fait de différer ainsi la mise en décharge est un véritable gain pour la collectivité. »

 

Julie JANVIER Economie circulaire Dynamic n°142

Julie Janvier, chargée de développement au Relais 64, entreprise à but socio-économique

 

« L’économie circulaire est au cœur de notre métier. Dans le domaine de la nutrition animale, il y a une demande de plus en plus importante de produits français voire régionaux. Nous avons donc plusieurs axes de travail comme le fait de tracer et d’isoler certains lots de céréales pour les réutiliser dans les zones où elles ont été produites. Il faut aussi mettre en place des synergies comme nous l’avons fait avec la société Abengoa qui fabrique du bioéthanol à partir de maïs. Nous récupérons les drèches, résidus issus de leur procédé, pour nourrir les animaux. De plus, nous sommes totalement engagés dans la valorisation de nos déchets via la méthanisation ainsi que dans la maîtrise des énergies que nous consommons. »

 

Vincent CALIARO Economie circulaire Dynamic n°142

Vincent Caliaro, responsable usine à Sanders Euralis

 

Entretien avec un expert

Marie KLEINER Economie circulaire Dynamic n°142

Marie Kleiner, experte en chasse au gaspillage

« Je ne suis pas une chasseuse de coûts, qui empêche les entreprises de faire des achats. Mon objectif est plutôt de les aider à travailler en bonne intelligence, en s’appuyant sur un écosystème, afin de mutualiser par exemple leurs achats avec les établissements voisines. Toutes les entreprises peuvent lutter contre le gaspillage et améliorer ainsi leur performance. Autant il est difficile de diminuer les frais fixes, autant éliminer les gaspillages et optimiser ses ressources peuvent permettre de regagner des marges pour s’imposer face à un concurrent. Le gaspillage peut représenter jusqu’à un tiers du coût d’une activité ».

Avec I-SITE, l’UPPA s’investit dans la transition énergétique

Transition énergétique Economie circulaire Dynamic n°142

Pau n’est pas capitale régionale, l’UPPA, « petite » université, n’est pas adossée à d’autres établissements… et pourtant elle vient de se distinguer –  parmi plus de 20 regroupements d’universités – en obtenant le label I-SITE.

Appel à projets lancé par le gouvernement, I-SITE incite les universités françaises à se regrouper et à travailler en interaction avec les acteurs socio-économiques de leur territoire. Un challenge pour l’UPPA et l’opportunité de se retrouver parmi les établissements leaders et particulièrement actifs dans les domaines de la R&D et de l’innovation. Pari gagné puisque l’université pyrénéenne a été sélectionnée et peut prétendre, à terme, à des dotations d’Etat estimées à un capital de 190 M€.

La force de ce succès réside principalement dans les liens étroits et les travaux déjà menés avec les centres de R&D ainsi que les poids lourds de l’économie locale : Total, Safran, Euralis, TIGF…

Pluridisciplinaire, ouverte à l’international, en forte interaction avec les entreprises, l’UPPA a donc choisi d’investir la thématique de la transition énergétique et environnementale. Pour ce faire, des projets, des actions et surtout des coopérations : IPRA, IPREM, MIRA, SSH… Le nombre d’enseignants-chercheurs, de doctorants et d’ingénieurs travaillant sur le sujet devrait progresser de 40% (1 000 personnes d’ici 4 ans). Le nombre de publications sera également majoré.

Un comité d’entreprises, récemment créé, participe aux orientations stratégiques de l’UPPA et signe ainsi le virage nécessaire de l’enseignement supérieur. L’entreprise innovante est au cœur des préoccupations de l’université, la transition énergétique et environnementale son oriflamme. Les entreprises béarnaises, quelle que soit leur taille, sauront bénéficier, à terme, des retombées de ces travaux.

Dynamic n°142 juillet-août-septembre 2017