La formation du dirigeant

22 juillet 2016

La formation du dirigeant

Un préalable indispensable pour faire prospérer son entreprise

Du manager au leader

Du-manager-au-leader

Le mot anglais «manager» vient de l’italien «maneggiare» (contrôler, avoir en main, du latin manus), mais il a été influencé par le mot français manège. Il renvoie au fait d’éduquer un cheval, en tenant les rênes, en maintenant la longe plus ou moins serrée. Alors que la conception du manager était assez directive par le passé, les collaborateurs n’acceptent plus aujourd’hui d’obéir aux ordres les yeux fermés. Au dirigeant d’apprendre à lâcher les rênes pour devenir leader !

la-formation-du-dirigeant

On se préoccupe rarement de la formation des dirigeants. Pourtant, elle est un moyen essentiel de rendre l’entreprise plus compétitive. Mais quelles compétences doivent acquérir les décideurs ?

Être un bon dirigeant ne s’improvise pas. Maîtriser les évolutions techniques et réglementaires de son métier, comprendre un marché, améliorer sa méthode de management sont autant de moyens pour le chef d’entreprise de monter en compétences. Les formations complémentaires à sa formation initiale auront un impact direct sur sa façon de gérer son entreprise et sur la pérennité de celle-ci. Le chef d’entreprise n’a pas de complexes à avoir : il peut prétendre à des masters en alternance (bac +5) ou des diplômes de niveau bac  +3. Que ce soit en formation continue, ou par des sessions plus courtes non diplômantes, tout est envisageable pour se perfectionner. Direction administrative et financière, responsable de développement commercial, apprentissage des fondamentaux en comptabilité et gestion, en marketing ou encore en ressources humaines, master en management des collectivités ou en management des organisations et des technologies de l’information sont autant de possibilités qui s’offrent à lui. Lorsqu’il s’agit de formations longues, les sessions sont souvent regroupées sur une semaine par mois, afin que le dirigeant puisse garder la main sur ses dossiers le reste du temps mais aussi s’immerger dans une ambiance de groupe et partager ses expériences pendant la formation. Précisons que les patrons de TPE ont besoin, autant que les salariés, de se former. Même s’ils ont tendance à penser que tout va s’écrouler en leur absence ; la formation permet, au contraire, de prendre de la hauteur sur leur business.

Des contenus et des durées variables
Du module ponctuel de quelques heures à la formation étalée sur plusieurs années, il existe des Groupes d’Entraînement et de Réflexion au Management des Entreprises (GERME) pour les directeurs de ressources humaines ou directeurs administratifs et financiers, des demi-journées de formations plutôt orientées vers le développement personnel pour les TPE et PME du sud-ouest avec PLATO, des rencontres mensuelles avec des experts sur des thématiques comme «géopolitique et stratégie» ou «les outils de pilotage» avec l’Association du Progrès pour le Management (APM)… Le principe des contenus en ligne individualisés se développe également. « Les dirigeants at tendent surtout des formations courtes. Nous organisons donc des soirées à thèmes sur les partenariats, les réseaux… Certains seniors ont surtout besoin d’apprendre à structurer leurs compétences », explique Camille Chamard, directeur de l’IAE Pau Bayonne. Le dirigeant aura tantôt besoin de renforcer ses connaissances sur la législation en vigueur dans son secteur d’activité, sur la comptabilité ou les nouvelles normes et technologies, tantôt de se perfectionner en ressources humaines, en gestion des achats, en relation clients, ou en marketing. Dans les activités réglementées comme la chimie, il sera obligé de se former pour obtenir le niveau de diplôme requis. La formation en gestion de projet est de plus en plus demandée. Il existe même des modules pour apprendre la gestion du temps, souvent source de stress pour les patrons. Mais l’art de manager constitue sans doute la compétence clé, et la plus difficile à acquérir. Même lorsqu’ils ont un haut niveau de compétences, les dirigeants peuvent rencontrer des difficultés pour fédérer leur équipe, formuler un projet commun ou gérer les conflits. Or, ces compétences, dites douces, sont autant attendues que la lecture d’un bilan financier. Quand un projet échoue, on trouve souvent un problème humain derrière le frein technique apparent.

leaderhip-management

Une nouvelle génération de dirigeants
Il est primordial d’acquérir un savoir-être grâce à de la pratique et des mises en situation. « Les compétences métiers sont nécessaires pour accéder légitimement au poste mais elles ne suffisent pas. Dans un environnement concur rentiel, il faut trouver un mode de manage ment agile », affirme Pierre Croci, ancien directeur du réseau Entreprendre en pays d’Adour. Le coach et animateur de formations de dirigeants expérimenté se félicite de la mise en place du Campus des dirigeants à Roubaix, qu’il aimerait dupliquer à Pau, et qui permet, selon lui, d’apprendre «la posture du leader plutôt que du manager». Le Campus des diri
geants se targue d’ailleurs, sur son site internet, de «faire éclore une nouvelle génération de dirigeants». Le dirigeant du 21ème siècle se remet en question, s’interroge sur le comportement à adopter face à un client ou à un banquier, sur l’organisation de son temps, sur son environnement de travail et sa chaîne de valeurs. Il s’appuie sur son réseau pour étoffer son point de vue. Il est bienveillant et entretient sa culture générale pour paraître humain et crédible aux yeux de ses collaborateurs. « Les générations Y et Z ne se contentent plus d’exécuter des ordres comme il y a 50 ans. Ils veulent comprendre pourquoi ils travaillent et avoir des responsabilités. Il faut donner un sens éthique à l’entreprise au-delà du profit », ajoute l’expert. « En  40 ans, les organismes de formation ont réussi à combler beaucoup de manques avec la formation continue. Mais il reste à déve lopper la formation préventive. Les dirigeants ont tendance à se recroqueviller sur ce qu’ils savent », affirme quant à lui Joseph Ceccato, créateur et directeur de France Dirigeants. L’université libre organise des séminaires d’une journée, dans l’objectif d’accroître l’efficacité immédiate des décideurs. Avec une certitude : il est plus efficace de traiter les difficultés en amont.

Ils pratiquent le sujet

Eric-Lac

Eric Lac,
dirigeant de Global Packaging

J’ai longtemps souffert de mon autodidactisme. Je pensais bien faire mon métier mais j’avais besoin de méthodes et de structures sur ce que je faisais de façon intuitive. J’ai donc intégré le master management des ressources humaines de l’IAE de Toulouse en 2011 et j’ai suivi les cours une semaine par mois pendant deux ans. Cela m’a non seulement rassuré sur mes méthodes et m’a rendu plus fort pour la suite. J’ai acquis la capacité de reproduire les bonnes pratiques. C’était une véritable mise en danger car il a fallu admettre que ce qui m’a construit n’était plus forcément vrai. Voilà pourquoi je pense que tous les chefs d’entreprise devraient continuer à se former tout au long de leur carrière, car le savoir vieillit !

Gregory-Hourcadet

Gregory Hourcadet,
dirigeant d’Eurelec et de Groupe COM

Avant de créer ma première entreprise, j’ai suivi une formation en gestion, comptabilité et finances pendant trois mois, en cours du soir, à Eurolacq Entreprises. Puis j’ai enchaîné sur des formations en RH, web, gestion commerciale, prise de parole en public, analyse financière… via le Réseau Entreprendre, Plato et le Centre des Jeunes Dirigeants d’entreprise. Une fois ces compétences maîtrisées, j’ai choisi de les déléguer. Cela me permet de prendre du recul sur le cœur de métier de mon entreprise et donc de me consacrer à ma fonction de dirigeant. Je continue à me former sans toutefois appliquer à la lettre les méthodes qui me sont proposées. La formation est surtout une ouverture d’esprit.

Charles-Henri-Bezier

Charles-Henri Bézier,
dirigeant de Condipack

Depuis deux ans, je suis une formation en lean management à raison d’une ou deux matinées par mois, avec une formatrice du cabinet Pragma. Le lean management est une méthode de management qui vise à améliorer les performances de l’entreprise en mettant à contribution tous ses acteurs, à faire en sorte que tout le monde travaille ensemble du début à la fin. Dans cette logique, j’ai intégré mes trois cadres à cette formation. Le temps où le patron gérait absolument tout est révolu. Je veux des collaborateurs participatifs, qui avancent avec moi sur un projet commun. Cela représente un budget formation important (4,9% de la masse salariale) mais les gains en terme de productivité sont immédiats.

Entretien avec un expert

Loic Satche

Loïc Satche,
responsable du département formation continue du Groupe ESC Pau

Un dirigeant d’entreprise est avant tout un spécialiste dans son domaine d’activité. Il peut se retrouver démuni face aux problématiques qui ne concernent pas son cœur de métier mais la gestion de son entreprise. D’où l’intérêt de se former à l’analyse financière et à la gestion de trésorerie, par exemple, pour apprendre à analyser un bilan, un compte de résultat, à communiquer avec les banquiers… S’il a plusieurs salariés, il peut aussi s’orienter vers des formations en management et en ressources humaines dans lesquelles il va apprendre les méthodes de recrutement, les types de contrats qu’il peut
utiliser, la gestion d’une équipe, des conflits, l’analyse et le contrôle des résultats ou encore la gestion de projet. L’idée de cette formation est de lui donner des outils et une méthodologie pour mener à bien le projet de son entreprise. On va lui apprendre à formaliser les différentes actions à mettre en place : élaboration du planning, désignation d’un responsable pour chaque mission… Il faut un peu de théorie mais surtout beaucoup de pratique, d’où l’intérêt d’organiser des sessions en petits groupes pour favoriser le partage d’expérience.

La prise en charge de la formation des dirigeants

Les 10 atouts du bon dirigeant

•  Il prend du recul sur son cœur de métier pour être un meilleur gestionnaire.

•  Il accepte de se remettre en question pour évoluer et s’adapter.

•  Il ne reste pas isolé. Il échange sur ses difficultés avec d’autres dirigeants.

•  Il entretient son réseau professionnel.

•  Il met régulièrement à jour ses connaissances techniques, sociales et juridiques.

•  Il sait animer une équipe et tenir compte des différents tempéraments.

•  Il sensibilise ses collaborateurs au projet d’entreprise pour les motiver.

•  Il a une bonne capacité d’écoute et sait être bienveillant.

•  Il entretient sa culture générale.

•  Il organise son temps de travail

10-atouts-bon-dirigeant

Choisir une formation diplômante est la condition sine qua non pour les dirigeants non-salariés de la faire financer. Le Campus des dirigeants propose par exemple la délivrance d’un diplôme en 18 mois, à raison de trois jours d’école mensuels. En revanche, les formations courtes, type séminaire de deux heures, ne sont pas prises en charge. Des mesures spécifiques ont été mises en place pour soutenir l’effort de formation des chefs d’entreprise. Elles consistent d’abord en une prise en charge immédiate des frais de formation, grâce à la Contribution à la Formation Professionnelle qu’ils versent à un fonds d’assurance dédié. Celui-ci assure le coût pédagogique des formations demandées. De plus, un dispositif fiscal a été mis en place par
l’Etat. Ce crédit d’impôt pour formation du chef d’entreprise fonctionne quels que soient les formes juridiques et le secteur d’activité. Il est calculé sur les dépenses engagées pour la formation des dirigeants et bénéficie également aux entreprises déjà exonérées d’impôt sur les bénéfices pour une autre mesure. L’AGEFICE (Association de Gestion et du Financement de la formation des Chefs d’Entreprise) finance également le coût pédagogique des formations destinées aux chefs d’entreprise, dans les domaines du commerce, de l’industrie et des services. Une prise en charge est également possible pour le conjoint collaborateur ou le conjoint associé. Une participation aux frais de déplacements est également prévue.

 

Dynamic n°138 juillet-août-septembre 2016