La mue démographique du Béarn

2 septembre 2016

La mue démographique du Béarn

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0,13%

de croissance annuelle de population en Béarn entre 2008 et 2013 alors que sur l’ensemble des Pyrénées-Atlantiques, ce chiffre atteint 0,5%

1000

Pau a perdu 7,8% de population entre entre 2008 et 2013, soit près de 1000 habitants en moins par an sur cinq ans.

58,2 %

En 2013, l’arrondissement de Pau compte 58,2 % d’établissements liés à la sphère résidentielle, contre 41,8 % à la sphère productive.

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Déclin de population dans les centres-villes, vieillissement global…focus sur les grandes tendances démographiques du Béarn et leurs conséquences sur l’économie.

Démographie en chute Les chiffres sont implacables. Avec une croissance annuelle de population entre 2008 et 2013 de seulement 0,13% (contre 0,2 entre 2007 et 2012), la démographie en Béarn est en recul. Et si les chiffres sont plus flatteurs à l’échelle du département (0,5% de population en plus par an), ils témoignent d’un dynamisme touristique et d’une attractivité, en particulier auprès du troisième âge, plus importante du côté du Pays basque. Peu de créations d’emplois En regardant de plus près, on observe que le solde migratoire est responsable de ce déclin. « Le constat est simple, même si le ter ritoire a plutôt bien résisté à la crise de 2008, le faible niveau de création d’emplois ne permet plus d’attirer un nombre suffisant de nouveaux arrivants et la population stagne», explique-t-on du côté de l’Agence d’Urbanisme Atlantique et Pyrénées (AUDAP). Un centre ville qui perd des habitants L’autre grande tendance démographique du Béarn, c’est la baisse du nombre d’habitants dans les centresvilles au profit des communes de plaine, éloignées de 10 à 20 km des aires urbaines. Ainsi, dans la période 2008/2013, quand Pau (-7,68%), Mourenx (-8%) ou dans une moindre mesure Oloron (-3,62%) ont perdu un nombre conséquent d’habitants, ce sont des villes comme Bordes (+15,4%) et Soumoulou (+19,8%) au sud-est de l’agglomération paloise ou Sauvagnon (+6%), Garlin (+4,4%) et bien sûr Serres-Castet (+12%) au nord qui en ont le plus bénéficié. Fiscalité et prix immobiliers en ville trop élevés poussent les familles avec enfants à s’éloigner des aires urbaines pour accéder à la propriété. La raison à ce phénomène est évidente et, combinée au vieillissement global de la population (26,3% de plus de 60 ans en 2012 contre 23,8% en 2007 sur l’arrondissement de Pau), entraîne de nouvelles donnes économiques.  « Dans le centre de Pau, il y aura plus de kinés que de boîtes de nuit, plus de maisons de retraites que d’auto-écoles»  résume avec humour Pierre Delfaud, économiste à l’Université Bordeaux IV avant de reprendre sérieusement : « Le Béarn est depuis longtemps le territoire de la région qui connaît le plus grand équilibre entre la base productive, la base résidentielle et l’emploi public. Or il semble que l’on se dirige inévitablement vers un dé séquilibre en faveur du secteur résidentiel mais ce n’est pas forcément un problème, la satisfaction des besoins du troisième âge est aussi créatrice de richesse. Pau a toujours attiré et main tenu une population âgée et aisée. Les retraités de l’industrie y finissent leur vie, ce qui n’est pas le cas ailleurs ».

15160

Sur l’arrondissement de Pau, le nombre de logements vacants est passé de 9267, soit 6,4% du parc immobilier global en 2007 à 15160 en 2012 (9,8%).

Les flux domicile/travail en hausse

Toujours pour l’économiste Pierre Delfaud, si les migrations de populations vers les zones périphériques sont bénéfiques pour les communes d’accueil, elles ne créent pas pour autant de nouveaux «centres de vie». « Certes dans ces communes apparaissent de nouveaux logements et parfois des écoles mais il faut distinguer les zones traditionnellement industrielles comme Serres-Castet ou la plaine de Nay qui ont toujours eu de l’activité commerciale et le reste où la situation ne change finalement pas beaucoup ; ce sont juste les flux domiciles/travail qui augmentent ».

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Les effets des flux migratoires sur le commerce

« Le principal impact de la démographie en Béarn comme ailleurs est la baisse de fréquentation des commerces en centre-ville. De plus, les comportements d’achats n’y sont plus les mêmes qu’en périphérie. On parle désormais de notion d’achats plaisir », note Henri Fourcade. Pour le directeur de l’agence CorpImmobilier, spécialiste de l’immobilier d’entreprise, la nouvelle réalité du marché dans les centres-villes consiste à la concentration sur une ou deux rues principales, les locaux plus éloignés, eux, ont de plus en plus de mal à trouver preneur. En réponse à la mobilité grandissante des Béarnais et aux déplacements domicile/travail de plus en plus longs, les demandes en terme de locaux commerciaux concernent majoritairement les axes de circulation, en particulier au nord de Pau. « Le but des commerces est de capter la clientèle lorsqu’elle rentre du travail », analyse l’agent immobilier tout en regrettant un déséquilibre entre l’est de l’agglomération paloise où des pôles d’attractivité sont implantés depuis longtemps et l’ouest, même si des projets sont en développement. « Certaines grandes enseignes déjà présentes à l’est veulent aussi s’installer à l’ouest. Elle sont compris que face à une clientèle de plus en plus mobile il faut adopter une stratégie de maillage du territoire ».

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Dynamic n°138 juillet-août-septembre 2016