Les savoir-faire : une mine d'or à préserver !

13 janvier 2016

Les savoir-faire : une mine d’or à préserver !

SOS savoir-faire  en danger

savoire-faire-1

Si les savoir-faire valent de l’or, ils ne s’apprennent pas dans les livres. La seule façon de les acquérir  ? La transmission et l’expérience  ! En Béarn aussi les savoir-faire sont en danger. Le départ à la retraite des baby-boomers entraîne la disparition de ce capital humain inestimable. De plus, la mondialisation de l’industrie pousse les donneurs d’ordre à faire appel à des sous-traitants à l’étranger. Ainsi des savoir-faire périclitent alors qu’ils pourraient être utiles à l’économie du territoire.

savoire-faire-7

–  L’OPCALIA finance des formations en entreprise ou à distance.

–  L’AVISE finance un dispositif permettant à un dirigeant d’une structure d’utilité sociale de bénéficier du transfert de compétences d’un
dirigeant expérimenté.

–  L’État peut prendre en charge, jusqu’à 50%, les coûts du plan de gestion prévisionnelle des emplois dans les entreprises de moins de 300 salariés.

savoire-faire-2

Avant l’action, la réflexion. Préserver les savoir-faire est vital pour l’avenir d’une entreprise. Il existe aujourd’hui de multiples façons de transmettre ces compétences humaines. Explications.

Il faut avant tout dresser un état des lieux afin d’identifier les compétences clés ou rares menacées. Le dirigeant pourra ainsi mettre en place un plan de sauvegarde et de transfert car c’est souvent lors d’un départ à la retraite qu’il réalise qu’il vient de perdre une compétence unique, détenue parfois par une seule personne. En Europe, on estime que dans 10 ans, une grande partie du personnel qualifié employé à des postes critiques de l’industrie, cessera son activité. Dans le textile par exemple, secteur d’activité ayant connu une phase de licenciement importante depuis 20 ans, les détenteurs de savoir-faire sont de moins en moins nombreux et de plus en plus
âgés. « Il n’y a plus d’apprentis et les formations initiales ont fermé, remarque Françoise Rouanet, directrice de l’organisme de formation Fortex qui intervient dans le grand SudOuest. Quand un détenteur de savoir-faire part à la retraite, sa compétence disparaît, or elle peut se révéler vitale à l’entreprise ». Afin de maintenir sa compétitivité, l’entreprise doit donc conserver ses compétences clés. Pour les définir, il faut se poser trois questions: quelles sont les compétences indispensables à mon fonctionnement ? Qui détient ces compétences ? Quel est leur risque de disparition, compte tenu du nombre de détenteurs et de leur âge ?

Les compétences mises en boite
Forte de ce bilan, l’entreprise entre dans la phase de sauvegarde. Pour cela, une seule solution: mettre en boite! « Il faut formaliser le savoir-faire. Mais souvent, la personne qui le détient ne mesure pas son importance et effectue le geste naturellement », explique Françoise Rouanet. Il n’est pas évident pour le détenteur du savoir-faire d’expliquer ce qu’il fait. L’intervention d’un formateur ou d’un référent interne à l’entreprise est parfois nécessaire. « Il s’agit de passer un temps d’observation avec le détenteur, de le regarder faire et de lui poser les bonnes questions pour obtenir les bonnes réponses », explique Nathalie Bringué, formatrice pour Fortex. L’objectif ? Écouter sans interpréter, décortiquer le geste afin de reconstituer la pratique et en faire une synthèse. Nathalie Bringué conseille d’utiliser aussi la photo et la vidéo. Mettre en boite un savoir-faire, fruit de plus de 30 ans d’expérience : le défi est de taille ! Des formations intra-entreprises existent également et donnent aux salariés les outils pour formaliser eux-mêmes leur geste.

Objectif transfert
Mettre en boite c’est bien… Mais ça ne suffit pas ! Pour assurer la sauvegarde du savoir-faire, il faut le transmettre. Un transfert réussi repose sur de nombreux paramètres, en particulier sur la personnalité du détenteur, sa motivation et sa capacité à communiquer. Or, dans les secteurs d’activité où les apprentis ont disparu, les détenteurs ne sont plus habitués à partager leur travail. Le récepteur, qu’il soit recruté ou en mobilité dans l’entreprise, doit être choisi sur trois critères principaux : la motivation, le potentiel d’apprentissage et l’habileté. « Une personne qui travaille en caisse aura l’habileté nécessaire pour travailler sur une remailleuse », donne en exemple Françoise Rouanet.
L’entreprise, elle, doit communiquer. « Quand le détenteur reste en poste, lui demander de transmettre son savoir-faire peut être mal vécu », souligne Nathalie Bringué. Dans un contexte de concurrence entre les générations, il est important d’expliquer les raisons de la transmission. Le transfert peut aussi devenir un élément valorisant l’expérience du senior. « Grâce à la transmission, le détenteur de savoir-faire partant à la retraite réalise qu’on prend en considération son expérience. C’est une marque de respect appréciée », poursuit Nathalie Bringué.
La transmission prend du temps. Le détenteur et le récepteur doivent s’extraire du flux de production afin d’en aborder toutes les facettes. Les PME et PMI trouvent aujourd’hui de nombreux outils pour les accompagner dans ce transfert. Depuis les années 2000, l’Organisme paritaire agréé Opcalia s’est penché sur la problématique. Il a ainsi créé un cursus labellisé avec deux formations de 6 jours: l’une sur la sauvegarde et l’autre sur le transfert. « Nous avons également créé la Formation en situation et milieu de travail (FESMT), explique
Anne Le Bourgeois, de la Direction Ingénierie des Compétences d’Opcalia. Cet outil au service des PME et PMI sort du cadre classique de la formation, limitée à un nombre d’heures. Sa mise en place sur 18 mois permet d’accompagner le transfert sur le long terme ». Quel que soit le mode opératoire choisi, le transfert ne s’avère pas seulement indispensable à la survie de l’entreprise. En permettant de décortiquer et donc bien souvent d’améliorer la pratique, il est aussi un formidable outil de développement.

Ils pratiquent le sujet

savoire-faire-3

Olivier Colau,
pdg des Bâtisseurs du sud-ouest (BSO), Landes

« Quand j’ai repris l’entreprise il y a deux ans, j’ai gardé seulement les meilleurs maçons. Je soustraite les autres métiers, comme plâtrier et charpentier. J’ai du mal à trouver le même degré de qualification chez la nouvelle génération, et les personnes possédant les savoir-faire. La recherche de prix chez les clients se fait au détriment de la qualité de la main d’oeuvre et des matériaux. Les savoir-faire sont en péril dans le bâtiment, à cause de la conjoncture. Il faudrait mieux encadrer les formations, pour recruter en amont les passionnés, devenus moins nombreux en raison de conditions de travail moins motivantes. »

savoire-faire-4

Benjamin Moutet,
dernière génération de Tissages Moutet (fabrication de linge basque depuis 1919)

« Chez nous, la transmission d’un savoir-faire, qui ne s’apprend plus à l’école, se fait à l’usine. La qualité perdure grâce à la motivation des anciens qui partent et des jeunes qui arrivent. Nous faisons parfois appel à du personnel extérieur. Et nous doublons tous les postes, car ils sont techniquement très variés. Il faut investir dans la formation, et l’anticiper afin que la transmission ait lieu dans de bonnes conditions. Une vision d’entreprise partagée avec les salariés est garante de la qualité, d’autant que les responsabilités à chaque poste de travail sont devenues plus importantes. »

savoire-faire-5

Jean Brosset,
responsable des opérations et formateur chez Héli-Béarn

« Le plus difficile, pour les pilotes, est d’acquérir l’expérience. Les savoir-faire se transmettent avec les plus anciens, pour apprendre à gérer l’environnement et la météo, et à assurer la sécurité dans les conditions difficiles, notamment en montagne. Nous les accompagnons la première année dans leurs missions. De même, les mécaniciens doivent apprendre les techniques pour attraper et assembler des pièces, lorsqu’il s’agit d’antennes par exemple. En tant que formateur, le plus délicat, au-delà de l’aspect technique, est de juger de la capacité de la personne à acquérir cette expérience ».

Entretien avec un expert

savoire-faire-8

Brigitte Grippon,
déléguée interrégionale du FORCO Aquitaine et Midi-Pyrénées (Organisme Paritaire Collecteur Agréé du Commerce et de la Distribution)

« Le plus important est d’entretenir les compétences grâce aux plans de formations et au tutorat. S’assurer de maintenir le capital de compétences est un bon moyen de lutter contre le turnover. L’entretien professionnel obligatoire avec l’employeur constitue un bon outil pour accompagner et fidéliser ses salariés. Enfin, la gestion prévisionnelle des emplois et des compétences clé devrait entrer dans la culture des entreprises, afin de mieux assurer la transmission ».

10 conseils pour faire perdurer les savoir-faire dans l’entreprise

1. Les répertorier, pour bien savoir où ils se trouvent et qui les possède

2. Identifier les compétences clé, indispensables à l’entreprise

3. Intégrer la transmission à la stratégie de management

4. Anticiper et organiser le transfert des compétences

5. Mettre en place des démarches prévisionnelles avec l’aide d’un expert

6. Formaliser les savoir-faire, en les décortiquant avec un formateur extérieur

7. Reconstituer la pratique et en faire une synthèse, ne pas hésiter à photographier ou à filmer

8. Demander au détenteur de transmettre son savoir-faire. La communication est primordiale !

9. Expliquer les raisons de la transmission et valoriser le senior

10. Prévoir du temps pour effectuer le transfert. Celui-ci ne pourra pas se faire en une journée…

savoire-faire-6

Bpifrance au service des savoir-faire d’excellence

Depuis le mois d’octobre 2013, les savoir-faire rares ont une bonne étoile. Doté de 20 millions d’euros, le Fonds pour les Savoir-Faire d’Excellence (FSFE) de Bpifrance aide les entreprises artisanales ou industrielles à se consolider. Son objectif  ? « Aider le développement de sous-traitants ou d’entreprises familiales disposant d’un savoir-faire rare mais peu habitués aux fonds d’investissement », explique Isabelle Ginestet-Naudin, la directrice des Fonds sectoriels à Bpifrance. Sont éligibles au FSFE les entreprises ayant obtenu le label Entreprise du Patrimoine Vivant ou qui sont proches des critères de ce label. Elles doivent également réaliser un CA minimum de 0,5 M€ et avoir un véritable projet de croissance. « Les entreprises qui bénéficient du FSFE reçoivent un investissement en fonds propre allant jusqu’à
2M€. Nous avons aussi mis en place un programme d’accompagnement avec un panel d’experts apportant des services adaptés », poursuit Isabelle Ginestet-Naudin. Le FSFE ne permet pas seulement de préserver un geste manufacturier très rare. Il va plus loin. « Il y a des richesses extraordinaires qui caractérisent la France, notre but n’est pas seulement de les maintenir mais de les développer », assure Isabelle Ginestet-Naudin. De la transmission dans de bonnes conditions au développement à l’international, le FSFE permet de financer des entreprises détentrices d’un savoir-faire traditionnel pour en faire des championnes du développement.
Plus d’informations sur www.bpifrance.fr

Dynamic n°136 janvier-février-mars 2016