Le mécénat à la portée de toutes les entreprises

2 mars 2017

Le mécénat à la portée de toutes les entreprises

Mécénat Dynamic n°141

Valoriser son image, impliquer ses collaborateurs… Le mécénat a de nombreux atouts pour séduire les entreprises, notamment les PME et TPE. Un partenariat gagnant gagnant pour l’entreprise et la société.

« Le mot mécène fait encore peur, il est mal connu. L’entreprise craint de perdre de l’argent, la petite entreprise pense souvent que ce n’est pas pour elle et pourtant si ! », lance Sébastien Carnac, directeur d’Aquitaine Culture, une association qui œuvre au rapprochement des mondes de l’entreprise et de la culture. En 2014, 12% des entreprises françaises pratiquaient le mécénat contre 14% aujourd’hui. Petit à petit, le mécénat gagne du terrain. Et pas seulement dans les grandes sociétés. 72% des entreprises mécènes sont des TPE, rapporte le Baromètre du mécénat d’entreprise publié en 2016 par l’Admical, le portail du mécénat. Mais quel est vraiment l’intérêt pour les entreprises qui s’engagent sur cette voie ?

Devenir mécène, c’est d’abord apporter une autre dimension à sa société. Avec le mécénat, l’entreprise élargit son réseau. Ce nouvel écosystème lui permet de renforcer son ancrage sur son territoire mais aussi, parfois, d’avoir de véritables retombées commerciales. « C’est l’un des effets collatéraux ! Nous avons l’exemple d’une entreprise mécène qui a développé 60 000 € de chiffre d’affaires grâce à une rencontre faite dans le réseau »,  raconte Sébastien Carnac.

Le mécénat est aussi un facteur d’innovation ! Rencontrer de nouveaux interlocuteurs, souvent très différents, est une source de créativité. L’entreprise valorise également son image et améliore sa communication. Enfin, le fait de soutenir un projet donne du sens au travail quotidien, cela permet de motiver les salariés et de les rendre fiers de leur activité. En dehors de tous les avantages, le mécénat permet à l’entreprise de jouer un véritable rôle sociétal. « Les ressources publiques sont limitées et les besoins de financement du bien commun augmentent, l’entreprise aussi doit s’engager pour faire bouger les choses ! », affirme François Debiesse, président de l’Admical.

Un effort financier raisonnable

Le mécénat coûte-t-il cher ? Chez Aquitaine Culture, le don moyen des entreprises est de 1 000 €. L’entreprise donne selon ses possibilités. De plus, elle bénéficie d’un dispositif fiscal  avantageux : une réduction d’impôt égale à 60% du montant du don, dans la limite de 0,5% du chiffre d’affaires hors taxes.

On peut même devenir mécène sans faire de don financier ! Le mécénat en nature met ainsi les ressources de l’entreprise au service du bénéficiaire. Le mécénat de compétences consiste quant à lui à mettre des collaborateurs à la disposition du porteur de projet sur son temps de travail. Par exemple, un salarié va réaliser le site web d’une association.

« C’est assez difficile pour une petite entreprise de donner des moyens financiers, les salariés peuvent mal percevoir le fait que cet argent ne leur revient pas », prévient Sébastien Carnac. Il conseille aux petites entreprises de commencer par le mécénat en nature. Par exemple, une entreprise de transports a mis ses véhicules au service d’un club sportif. Une entreprise du bâtiment a participé à la construction d’une maison pour une compagnie de théâtre, ce qui s’est révélé être une expérience très valorisante pour les salariés. « Le mécénat en nature permet aux salariés de comprendre la logique du mécénat, poursuit Sébastien Carnac. « C’est aussi une façon pour l’entreprise de mettre en avant un produit ou un service, c’est un outil de prospection ! »

Le mécénat pas à pas

Différents organismes, locaux comme Mécèn’Aquitaine ou nationaux, existent pour accompagner le futur mécène. L’Admical qui prodigue de nombreux conseils aux entreprises organise cette année un Tour de France des mécènes : « L’objectif est de mettre sur pied un réseau de formateurs à travers la France afin qu’ils accompagnent localement les chefs d’entreprise », explique François Debiesse. Du côté d’Aquitaine Culture, des solutions clés en mains sont proposées comme le Passeport mécène. L’entreprise y souscrit en faisant un don, ce dernier est redistribué à une promotion de 5 projets culturels sélectionnés par l’association.

Avant de se lancer, le futur mécène doit se poser les bonnes questions : s’interroger sur ses motivations, sur le porteur de projet qu’il souhaite soutenir et sur la façon dont il va procéder (appel à projet, sondage auprès de ses collaborateurs…). Le mécène doit aussi s’assurer que le bénéficiaire choisi est bien éligible au mécénat. Pour cela, il doit être considéré comme étant d’intérêt général et à but non lucratif. Il pourra ainsi fournir un « reçu de don » attestant du montant versé ou une évaluation du montant en cas de mécénat en nature et de compétences. Il est conseillé de formaliser le partenariat en établissant une convention de mécénat qui détaille la nature, la durée et les contreparties éventuelles (places de théâtre…). Leur valeur totale doit être inférieure à 25% du montant du don.

Mécénat artistes Dynamic n°141

Définition

Le mécénat est un don effectué par une entreprise ou un particulier à une activité d’intérêt général. Le bénéficiaire peut être un acteur de la culture, de l’éducation, du sport, de la recherche…

Dans la plupart des cas, ce soutien prend une forme financière mais il peut aussi être en nature ou en compétences. A la différence du sponsoring, il n’y a pas de contreparties pour le mécène ; ce dernier bénéficie néanmoins d’une réduction d’impôt sur ses dons.

En France, le mécénat représente un investissement total de 3,5 milliards d’euros en 2016.

5 conseils pour futur mécène

  • Etre accompagné dans sa démarche en rejoignant un club de mécènes ou en étant conseillé par une structure spécialisée.
  • S’assurer que le bénéficiaire choisi est bien considéré comme étant d’intérêt général et à but non lucratif, afin qu’il puisse délivre un « reçu de don » permettant une réduction d’impôt.
  • Établir un projet clair en réfléchissant bien au type de mécénat vers lequel se tourner (financier, en nature, de compétences).
  • Associer ses salariés à la démarche, du choix du bénéficiaire à l’aboutissement du projet.
  • Établir une convention de mécénat qui formalise le partenariat.

 

Découvrir le mécénat en Aquitaine : www.mecenaquitaine.fr

Ils pratiquent le sujet

« Le projet de sculpture au rond-point à l’entrée de la zone d’activité de Berlanne à Morlaàs est né lors du rachat des bâtiments d’une usine qui fabriquait des coffrets pour l’industrie du luxe et représentait un vrai savoir-faire du territoire. A l’intérieur, il restait des plaques de métal qui m’ont donné l’idée de monter un projet de mécénat alliant secteurs privé et public dans un lieu public. C’est Rémi Trotereau, artiste, qui a orchestré tout ça. Ensuite certaines entreprises ont directement participé à l’aspect technique de la réalisation du projet et d’autres pouvaient acheter des plaques nominatives installées sur l’œuvre qui figure aujourd’hui sur le logo de l’intercommunalité. »

David Pouyanne - Chef d'entreprise Béarn - Dynamic 141

David Pouyanne, PDG du groupe DPG

 

« Nous avons recours au mécénat pour la construction d’une salle de sport permettant l’accueil prioritaire des personnes souffrant de déficiences. C’est grâce à la CCI Pau Béarn et l’entreprise Cancé que nous avons connu ce dispositif. Nous avons d’abord travaillé sur la manière de solliciter les entreprises et une réunion a été organisée en juillet 2016. Le résultat a été direct avec au total 163 000 € récoltés. Certains ont donné parfois jusqu’à 60 000 € et nous avons aussi eu du mécénat de compétences avec notamment une entreprise qui a budgétisé la construction du toit avec des panneaux photovoltaïques. J’ai été très touchée de voir à quel point le monde de l’entreprise partage nos valeurs, notamment autour du handicap. »

Patricia Vignau - Dynamic 141

Patricia Vignau, fondatrice de l’association Los Sautaprats

 

 « En tant que miroiterie, nous sommes en relation avec des maîtres verriers et c’est pour les soutenir et mettre en valeur leurs œuvres que nous avons décidé d’organiser des expositions dans nos locaux tous les 2 ans. Miraluver est issu du monde du bâtiment mais cela ne nous empêche pas de nous intéresser à toute la chaîne du métier et au savoir-faire artisanal et artistique sur lequel on s’appuie. Au départ, il y a eu un peu d’hésitation mais désormais cela crée une vraie effervescence chez les salariés. En parallèle, nous avions aussi d’anciens locaux en centre-ville de Pau que nous avons aidé à transformer en théâtre via du mécénat. C’est important pour une entreprise d’être partie prenante de la vie du territoire. »

M. Romani- Entreprise Miraluver - Dynamic-141

Didier Romani, directeur de Miraluver

Entretien avec un expert

Nicolas Charlet-dynamic-141

Nicolas Charlet, Professeur, titulaire de la Chaire Mécénat Art Territoire à l’ESC Pau et coordinateur de la plateforme Mécèn’Aquitaine

Un changement durable en phase avec la société

« Le mécénat d’entreprise se répand rapidement en France avec une augmentation de 25 % en deux ans. Et selon le Baromètre 2016 Admical/CSA, 79% des mécènes pensent stabiliser ou augmenter le budget qu’ils y consacrent. Cela montre que la pratique s’inscrit comme un changement durable en phase avec les attentes de la société. Ce sont le sport, le social et la culture qui sont les domaines les plus choisis par les entreprises mécènes, en grande majorité des TPE, mais l’élément déterminant reste la proximité géographique. Et si jusqu’à présent le crowdfunding est peu utilisé pour soutenir des projets, à l’avenir cela reste un outil intéressant pour le développement du mécénat. »

Les vertus du mécénat collectif

Mécénat collectif Dynamic n°141

Loin de l’image du grand patron collectionnant à son bon plaisir les œuvres d’artistes contemporains  cotés, le mécénat est de plus en plus une affaire collective. En effet, lorsque l’on est une PME ou une TPE, le meilleur moyen pour que son action ait le plus grand impact possible est d’intégrer voire de fonder un collectif ou un club de mécènes, qu’il soit éphémère, centré sur un projet précis ou bien destiné à durer sur le long terme. On est forcément plus forts ensemble et en mutualisant les moyens financiers, humains et logistiques des entreprises, l’impact des collectifs de mécènes est ainsi décuplé. Avec une implication individuelle limitée, les entreprises atteignent des objectifs beaucoup plus élevés. Bien sûr, dans un collectif, il faut que chacun puisse trouver sa place. Après avoir réfléchi à un mode de gouvernance accepté par tous, le fait de se regrouper permet de parler d’une seule et même voix. Le collectif peut se doter d’un nom et d’un logo propres pour une communication cohérente et efficace. Enfin, si le mécénat collectif est avant tout un moyen d’avoir un impact plus important sur les projets soutenus, par ricochet, les effets positifs pour l’entreprise sont nombreux. Comme tout réseau, c’est l’endroit pour créer des liens avec les autres membres mais aussi avec le tissu associatif et culturel, les collectivités locales ou encore les médias. Bref, un dispositif permettant de se retrouver en dehors de son objet économique pour partager des points de vue et des expériences toujours enrichissantes.

 

Dynamic n°141 avril-mai-juin 2017